Flash Review, 6 -3 : La salaire de la peur: Not so silent screaming with Wuppertal in Bausch ‘Auf Dem Gebirge…’

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Photo of Tanztheater Wuppertal in Pina Bausch’s “Auf Dem Gebirge Hat Man Ein Geschrei Gehört” copyright Jochen Wiehoff and courtesy Theatre de la Ville.

PARIS — La compagnie du Tanztheater Wuppertal à changé de registre pour son deuxième passage à Paris de cette saison avec « Auf Dem Gebirge Hat Man Ein Geschrei Gehört » — « Sur la montagne on entendit un hurlement » — au théâtre du Châtelet, le 20 Mai.

Cette pièce de 1984 est surement une des plus sombres du répertoire de Pina Bausch. Déjà, une scène noire et un sol entièrement recouvert de terre est parcouru par les danseurs. Ils commencent à courir avec frénésie sur scène et dans l’orchestre comme apeurés. Ce commencement donne le ton de la suite…

La mise en scène est comme à son habitude plutôt déroutante et chaotique. On a par exemple Michael Strecker qui incarne au milieu des danseurs un homme dérangé en slip et bonnet de bain s’amusant à gonfler et éclater des ballons de baudruche… Ce personnage est à la fois inquiétant et absurde. L’absurde qui est si cher à Pina n’est cependant pas aussi hilarant que dans d’autres créations. L’ambiance est plus tendue, plus profonde et moins légère. Les passages répétitifs deviennent pesants et exténuants. Exténuant au sens propre d’ailleurs lorsqu’une danseuse entame une course longue et rapide et finit par s’écrouler, vidée.

En effet, dans cette pièce, Pina explore la peur. La peur sous toutes ses formes : la peur de l’autre, du monde ou de soi-même. La peur de l’autre s’exprime avec des passages très explicites où les corps se bousculent et se déchirent. La danse est alors faite de chutes sous une brume artificielle mais aussi de contacts très violents. Un groupe tente de rapprocher et de forcer Fernando Suels Mendoza et Breanna O’Mara à s’embrasser : la lutte est dure, agressive et les corps finissent recouverts de terre. Cette violence-là est aussi renforcée par une musique dramatique et des cris stridents. Dans le même temps, cette bestialité qui prend aux tripes a quelque chose d’esthétique et de vrai : les corps qui remplissent l’espace et la rapidité du mouvement peuvent sembler poétiques.

Mais comme souvent chez Pina, l’écriture chorégraphique tend à faire sourire le public en amenant des moments plus cocasses. Jean-Laurent Sasportes travesti qui tente d’imiter un parfait gentleman ou Franko Schmidt qui finit en slip pour finir son morceau de piano. La surprise est aussi au rendez-vous : un orchestre composé de musiciens séniors s’installe dans la terre molle et piétinée pour jouer un morceau au beau milieu de la pièce !

Les émotions qui nous transportent sont plutôt difficiles à exprimer clairement. Pour moi, Pina a réussi à déranger et perturber son public dans des enchainements abstraits et discontinus. C’est une réussite car les mouvements et les corps des danseurs nous amènent dans le même état qu’eux à la fin de la soirée. Sa vision de la peur peut aller aussi très loin : elle aborde la peur d’être seule avec Ditta Miranda Jasjfi qui reste isolé, debout et triste au beau milieu de la scène tout au long de l’entracte. Mais aussi la peur quotidienne et la violence qui déchire le monde : l’agression, le viol, la mort… Le rapport homme-femme est aussi totalement bouleversé. La sensualité et la chaleur amoureuse sont remplacées par de la brutalité. Les contacts sont forcés, les regards évités… Les étreintes ne sont plus que claques, gifles et bousculades. Le langage chorégraphique et la déstabilisation de Pina Bausch semblent refléter au plus près les difficultés des relations humaines.

Aux saluts, l’émotion est palpable sur les visages des danseurs qui ont entrainé dans leur voyage les troubles des spectateurs.

— Anne-Charlotte Schoepfer

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